Un’Orgia teknologica

Uno spettacolo pasoliniano e multimediale a Parigi

Pubblicato il 15/02/2002 / di / ateatro n. 029 / 0 commenti /
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Orgia
Et les rossignols chantent…
di Jean Lambert-wild

 
Pier Paolo Pasolini donne comme clef de sa production poétique l’expression: Ab gioia. Le rossignol qui chante ab gioia : de joie, par joie.
Et c’est cette expression prise en dehors de toute détermination et explication culturelle que j’aimerais retrouver dans Orgia. Par sa structure et sa thématique, Orgia nous renvoie à la tragédie antique, mais aussi bien à la Divine Comédie de Dante ou aux gisants peints par Mantegna. Orgia est un chant mythologique. J’y entends la difficulté que l’être humain a à communiquer dès que la structure de communication dépasse la structure déterminée de sa pensée. Un élément m’a surpris à la première lecture du texte. Dans le premier Episode entre l’Homme et la Femme, une expression mise en majuscule revient constamment :
 
EPPURE NESSUNO PARLAVA /
ET POURTANT PERSONNE NE PARLAIT.

 
Cette phrase, portée en avant, m’a permis de lire Orgia en évacuant toute l’emprise psychologique des personnages qui nuit à l’action vitale des mots. Quelle est donc la situation d’énonciation possible pour faire entendre ce Théâtre de Parole?
Il n’y a dans le texte aucune indication de décor. Tout lieu peut donc se prêter au rituel de la Parole, à condition toutefois, qu’il permette le rituel. J’ai découvert un lieu au travers du rêve. C’était un lieu d’Abîme où quelqu’un «prit ma main dans la sienne, d’un air joyeux qui me réconforta, il me fit pénétrer dans le monde du mystère»[1]
Un Homme perdu s’y enfonçait et dans sa chute, il était accompagné par des organismes primitifs et lumineux – Âmes mortes errantes et métamorphosées d’autres Hommes perdus. J’ai voulu que l’espace scénographique, par le biais du système Daedalus[2],retrouve ce lieu et cette idée d’enfoncement dont parle Dante. Ainsi les organismes artificiels que nous avons conçus ; sont les véhicules mystérieux d’une parole qui essaye de vaincre la malédiction de sa solitude en surmontant son incapacité à communiquer.
 
1 – Extrait du Chant III de l’Enfer de la Divine Comédie de Dante
 
2 – Le système Daedalus est une interaction diffuse entre des comédiens et des organismes artificiels modélisés et conçus à partir d’algorithmes inspirés d’organismes vivants au fond des océans. Nous nommons ces organismes artificiels des Posydones. Ils sont divisés en deux espèces dotées de comportements spécifiques : les Apharias et les Hyssards. Pour mettre en place le système Daedalus, nous avons utilisé les techniques des systèmes multi-agents. Chaque Posydone est donc un agent, c’est-à-dire une entité qui évolue dans un environnement. Elle est capable de percevoir et d’agir dans cet environnement. Elle peut communiquer avec d’autres agents, et possède un comportement autonome. Par ailleurs les états physiologiques des comédiens sont enregistrés par un ensemble de capteurs dont les informations agissent sur le comportement des Posydones. La visualisation de ces organismes artificiels en 3D dans l’espace scénique est rendue possible par l’utilisation d’un moteur d’animation 3D temps réel (AAASeed) ainsi que par une illusion d’optique basée sur un phénomène de catoptrique.
 
Le système Daedalus
 
Le système Daedalus à été conçu pour Orgia et son exploitation sera exclusive à ce seul cadre poétique.
Nous avons cherché à suggérer une impression d’enfoncement, à matérialiser les échanges poétiques entre les différentes voix, à questionner notre capacité à interroger le vivant, à poser, lors des répétitions la question du simulacre – le paradoxe du comédien dont parle Diderot – par l’interface entre les états physiologiques des comédiens et du décor. Mais surtout à dessiner un cadre spatial ou des signes mystérieux puissent s’accrocher et exister au milieu des Ondulations aléatoires d’émotions produites par les échanges entre sons et sens.
Pour être un peu plus technique, le système Daedalus est construit sur une interface scénique entre des comédiens et des organismes artificiels. Ces organismes artificiels sont modélisés et conçus à partir d’algorithmes inspirés de certains organismes vivants que l’on peut rencontrer au fond des océans.
Nous nommons ces organismes artificiels des Posydones.
Pour mettre en place le système Daedalus nous avons utilisé le paradigme des systèmes multi-agents. Chaque Posydone est donc un agent, c’est-à-dire pour reprendre la définition de Demazeau “Une entité réelle ou virtuelle qui évolue dans un environnement. Elle est capable de percevoir cet environnement, et d’agir dans cet environnement. Elle peut communiquer avec d’autres agents, et possède un comportement autonome. Ce comportement peut-être perçu comme étant une conséquence de sa connaissance, de ses interactions avec les autres agents et du but qu ‘elle essaie d’atteindre.” Ce concept nous a permis, d’une part, de donner aux Posydones la perception de l’espace scènique dans lequel ils évolueront et d’autre part, de les faire communiquer entre eux.
Les comédiens, modélisés par des agents, évoluent dans le même environnement. Ils agissent sur les Posydones par un ensemble de capteurs qui enregistrent leurs états physiologiques (révélé par le rythme cardiaque, l’amplitude respiratoire, la conductivité de la peau, la variation de température) et de dégager ainsi, leur cinèse moyenne.
Il faut imaginer que les capteurs sont les “sens” des Posydones. Ils leur permettent de voir, de sentir et d’entendre les acteurs. Les stimuli de ces “sens” activant des comportements que nous avons inscrits dans chaque espèce.
Nous avons conçu deux espèces de Posydones : les Apharias et les Hyssards.
Chaque espèce a un comportement spécifique. De même, chaque individu d’une espèce à une attitude spécifique.
Les Posydones ont une durée de vie limitée. Ils doivent se nourrir, se reproduire, dormir…
Reste, à rendre accessible pour les spectateurs la visualisation de ces “marionnettes vitalisées”. Cela tient essentiellement à la finesse des algorithmes de comportements que peut calculer le système Daedalus, à la fluidité des actions/réactions entre les comédiens et les Posydones et, bien-sûr, à la qualité de l’illusion d’optique que nous n’aurions jamais obtenu sans le logiciel AAASEED conçu par Mâa Berriet.
 

 
Diagramme de flots de données qui donne une représentation globale du système Daedalus
 
Sul sito del Théatre de la Colline è possibile scaricare alcuni estratti video dello spettacolo (provate un po’…):
Orgia 1 (alta);
Orgia 1 (bassa);
Orgia 2 (alta);
Orgia 2 (bassa);
Orgia 3 (alta);
Orgia 3 (bassa).
 
Orgia da P.P. Pasolini
regia di Jean Lambert-wild
Parigi, Théâtre Nationale de la Colline
 
Musique Jean-Luc Therminarias
Cellule technologique Université de Technologie Belfort-Montbéliard, laboratoire des systèmes et transports – groupe systèmes multi-agents
Enseignants-chercheurs UTBM Abder Koukam, Alain-Jérome Fougères, Vincent Hilaire
Elèves-ingénieurs UTBM Amine Bousta, Jean-Sébastien Chaise, Thomas Chazelle, Sophie Gegout, Nicolas Mathieu, Yannick Mettavant, Julien Piaser
Ingénieurs électroniciens UTC Francisco Martinez, Jean-Jacques Vanhoutte
Régisseur informatique du système Daedalus – Stéphane Pelliccia
Réalisation numérique – Cécile Babiole
Logiciel 3D temps réel interactif “AAASeed” Emmanuel Mâa Berriet
Coproduction : 326, Théâtre Granit – Scène Nationale de Belfort, Théâtre National de la Colline, Scènes du Jura Lons-Dôle, Nouveau Théâtre de Besançon – CDN de Franche-Comté, Théâtre du Muselet – Scène Nationale de Châlons-en-Champagne, Espace Jean-Legendre – Théâtre de Compiègne, Le Carreau – Scène Nationale de Forbach, GMEM (Centre National de Création Musicale-Marseille), Université de Technologie Belfort-Montbéliard (UTBM) laboratoire des systèmes et transports

Jean_Lambert-wild

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